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19/02/2018

Extrait :

"La nuit, dans le bois d'oliviers, tout en observant la vaste étendue de la mer ondoyant à l'infini sous l'éclairage de la lune, ils discutèrent de la relation, intense bien que difficile à exprimer, qui existait entre l'homme et le paysage, entre le contemplateur et l'objet de sa contemplation, une relation magnifique qui permettait à l'homme d'avoir une vision du tout, c'était même la seule occasion, dit Falke, dans la vie, où l'homme pouvait voir le tout, réellement et indubitablement, toute autre forme d'appréhension du tout n'était qu'un produit de l'imagination, une idée, un rêve, tandis qu'ici, poursuivit Falke, ce tout était réel et authentique, effectif, il ne s'agissait ni d'un mirage, ni d'une illusion d'optique, n'avait pas été imaginé, pensé, rêvé, non, l'homme contemplant le paysage voyait tout le processus de la vie en pleine activité, la vie dans sa quiétude hivernale, la vie dans son effervescence printanière, le tout apparaissant dans ses infimes détails, la nature, dit Kasser, représentait la seule et unique certitude incontestable, l'alpha et l'omega de l'expérience, et de l'émerveillement, car ici plus qu'ailleurs, face à la nature, on ne pouvait que frémir, être ébranlé, ému par quelque chose dont on savait, même si l'on n'en comprenait pas l'essence, qu'elle nous parlait, oui, on ne pouvait que frémir, être ébranlé, ému, poursuivit Kasser, dans cette situation privilégiée qui nous était offerte de pouvoir juger cette beauté illuminant le tout, même si ce jugement se limitait à un émerveillement empreint d'émotion, car c'était beau, dit Kasser en désignant la vaste étendue de la mer ondoyant à l'horizon, le mouvement continu et infini des vagues, la lumière de la nuit se reflétant sur leurs crêtes, et les montagnes derrière eux, et les plaines au loin, et les rivières, et les forêts, tout cela était beau et d'une richesse incommensurable, dit Kasser, il fallait absolument ajouter cela, cette richesse et cet incommensurable, car dès sue l'homme réfléchissait à ce qu'il entendait quand il parlait de nature, il se noyait presque inévitablement dans cette richesse et cet incommensurable......"

extrait de :

"GUERRE & GUERRE" de Laszlo Kraznahorkai

-- traduit et imprimé aux Ed Cambourakis 
Septembre 2013

Commentaires

Que cette phrase est belle!
Aussi longue que l'infini de la nature qu'elle nous livre et paradoxalement aussi simple que la beauté qu'elle exprime...
Découvrir un pareil texte rend heureux de savoir lire.
Je serais toutefois un peu moins optimiste que les deux dernières lignes et remplacerais facilement "presque inévitablement" par "parfois"!
Merci pour ton partage
bises

Écrit par : Serge | 19/02/2018

Répondre à ce commentaire

Merci Ami Serge d'avoir lu ce texte et d'en exprimer tout ce pourquoi je l'ai publié mais que je n'aurais pas su dire d'aussi belle et juste façon - J'ai choisi ce livre complètement par hasard et suis émerveillée par ce que j'en découvre - J'ai voulu partager et je ne le regrette donc pas, grâce à toi. Merci.
Bises

Écrit par : monique.c | 20/02/2018

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