13.07.2008

L'intégrale du discours d' Orack Obama en français

Je ne suis pas d'accord avec un ou deux points de ce discours mais il mérite d'être connu et puisqu'il est traduit en français... et qu'il n'a guère (hic !) été à la une de la une de la deux de la trois et autres lieux privilégiés...

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Que vous soyez obamaniaque, obamophobe ou simplement curieux, peu importe. Jugez sur pièce. Lisez, réagissez. Et faites circuler.


« Nous le peuple, dans le but de former une union plus parfaite.

Il y a deux cent vingt et un ans, un groupe d'hommes s’est rassemblé dans une salle qui existe toujours de l'autre côté de la rue, et avec ces simples mots, lança l'aventure inouïe de la démocratie américaine.

Agriculteurs et savants, hommes politiques et patriotes qui avaient traversé l’océan pour fuir la tyrannie et les persécutions, donnèrent enfin forme à leur déclaration d’indépendance lors d’une convention qui siégea à Philadelphie jusqu’au printemps 1787.

Ils finirent par signer le document rédigé, non encore achevé. Ce document portait le stigmate du péché originel de l’esclavage, un problème qui divisait les colonies et faillit faire échouer les travaux de la convention jusqu’à ce que les pères fondateurs décident de permettre le trafic des esclaves pendant encore au moins vingt ans, et de laisser aux générations futures le soin de l’achever.

Bien sûr, la réponse à la question de l’esclavage était déjà en germe dans notre constitution, une constitution dont l’idéal de l’égalité des citoyens devant la loi est le cœur, une constitution qui promettait à son peuple la liberté et la justice, et une union qui pouvait et devait être perfectionnée au fil du temps.

Et pourtant des mots sur un parchemin ne suffirent ni à libérer les esclaves de leurs chaînes, ni à donner aux hommes et aux femmes de toute couleur et de toute croyance leurs pleins droits et devoirs de citoyens des Etats-Unis

Il fallait encore que, de génération en génération, les Américains s’engagent —en luttant et protestant, dans la rue et dans les tribunaux, et en menant une guerre civile et une campagne de désobéissance civile, toujours en prenant de grands risques—, pour réduire l'écart entre la promesse de nos idéaux et la réalité de leur temps.

C’est l’une des tâches que nous nous sommes fixées au début de cette campagne —continuer la longue marche de ceux qui nous ont précédé, une marche pour une Amérique plus juste, plus égale, plus libre, plus généreuse et plus prospère.

J’ai choisi de me présenter aux élections présidentielles à ce moment de l’histoire parce que je crois profondément que nous ne pourrons résoudre les problèmes de notre temps que si nous les résolvons ensemble, que nous ne pourrons parfaire l’union que si nous comprenons que nous avons tous une histoire différente mais que nous partageons de mêmes espoirs, que nous ne sommes pas tous pareils et que nous ne venons pas du même endroit mais que nous voulons aller dans la même direction, vers un avenir meilleur pour nos enfants et petits-enfants.

Cette conviction me vient de ma foi inébranlable en la générosité et la dignité du peuple Américain. Elle me vient aussi de ma propre histoire d'Américain. Je suis le fils d'un noir du Kenya et d'une blanche du Kansas. J’ai été élevé par un grand-père qui a survécu à la Dépression et qui s'est engagé dans l'armée de Patton pendant la deuxième Guerre Mondiale, et une grand-mère blanche qui était ouvrière à la chaîne dans une usine de bombardiers quand son mari était en Europe.

J’ai fréquenté les meilleures écoles d'Amérique et vécu dans un des pays les plus pauvres du monde. J’ai épousé une noire américaine qui porte en elle le sang des esclaves et de leurs maîtres, un héritage que nous avons transmis à nos deux chères filles.

J’ai des frères, des sœurs, des nièces, des neveux des oncles et des cousins, de toute race et de toute teinte, dispersés sur trois continents, et tant que je serai en vie, je n'oublierai jamais que mon histoire est inconcevable dans aucun autre pays.

C’est une histoire qui ne fait pas de moi le candidat le plus plausible. Mais c’est une histoire qui a gravé au plus profond de moi l’idée que cette nation est plus que la somme de ses parties, que de plusieurs nous ne faisons qu’un.

Tout au long de cette première année de campagne, envers et contre tous les pronostics, nous avons constaté à quel point les Américains avaient faim de ce message d'unité.

Bien que l’on soit tenté de juger ma candidature sur des critères purement raciaux, nous avons remporté des victoires impressionnantes dans les états les plus blancs du pays. En Caroline du Sud, où flotte encore le drapeau des Confédérés, nous avons construit une coalition puissante entre Afro-Américains et Américains blancs.

Cela ne veut pas dire que l'appartenance raciale n'a joué aucun rôle dans la campagne. A plusieurs reprises au cours de la campagne, des commentateurs m’ont trouvé ou « trop noir » ou « pas assez noir ».

Nous avons vu surgir des tensions raciales dans la semaine qui a précédé les primaires de la Caroline du Sud. Les médias ont épluché chaque résultat partiel, à la recherche de tout indice de polarisation raciale, pas seulement entre noirs et blancs mais aussi entre noirs et bruns.

Et pourtant ce n’est que ces deux dernières semaines que la question raciale est devenue un facteur de division.

D’un côté on a laissé entendre que ma candidature était en quelque sorte un exercice de discrimination positive, basé seulement sur le désir de libéraux [Ndt : gens de gauche] candides d’acheter à bon marché la réconciliation raciale.

D’un autre côté on a entendu mon ancien pasteur, le Rev. Jeremiah Wright, exprimer dans un langage incendiaire des opinions qui risquent non seulement de creuser le fossé entre les races mais aussi de porter atteinte à ce qu’il y a de grand et de bon dans notre pays. Voilà qui, à juste titre choque blancs et noirs confondus.

J’ai déjà condamné sans équivoque aucune les déclarations si controversées du Rev. Wright. Il reste des points qui en dérangent encore certains.

Est-ce que je savais qu’il pouvait à l’occasion dénoncer avec violence la politique américaine intérieure et étrangère ? Bien sûr. M’est-il arrivé de l’entendre dire des choses contestables quand j’étais dans son église ? Oui. Est-ce que je partage toutes ses opinions politiques ? Non, bien au contraire ! Tout comme j’en suis sûr beaucoup d’entre vous entendent vos pasteurs, prêtres ou rabbins proférer des opinions que vous êtes loin de partager.

Mais les déclarations à l’origine de ce récent tollé ne relevaient pas seulement de la polémique. Elles n’étaient pas que l’indignation d’un leader spirituel dénonçant les injustices ressenties.

Elles reflétaient plutôt une vue profondément erronée de ce pays —une vue qui voit du racisme blanc partout, une vue qui met l'accent sur ce qui va mal en Amérique plutôt que sur ce qui va bien. Une vue qui voit les racines des conflits du Moyen-Orient essentiellement dans les actions de solides alliés comme Israël, au lieu de les chercher dans les idéologies perverses et haineuses de l'Islam radical.

Le Rev. Jeremiah Wright ne fait pas que se tromper, ses propos sèment la discorde à un moment où nous devons trouver ensemble des solutions à nos énormes problèmes : deux guerres, une menace terroriste, une économie défaillante, une crise chronique du système de santé, un changement climatique aux conséquences désastreuses. Ces problèmes ne sont ni noirs ni blancs, ni hispaniques ni asiatiques mais ce sont des problèmes qui nous concernent tous.

Au vu de mon parcours, de mes choix politiques et des valeurs et idéaux auxquels j’adhère, on dira que je ne suis pas allé assez loin dans ma condamnation. Et d’abord pourquoi m’être associé avec le Rev. Jeremiah Wright, me demandera-t-on ? Pourquoi ne pas avoir changé d’église ?

J’avoue que si tout ce que je savais du Rev. Wright se résumait aux bribes de sermons qui passent en boucle à la télévision et sur YouTube, ou si la Trinity United Church of Christ ressemblait aux caricatures colportées par certains commentateurs, j’aurais réagi de même.

Mais le fait est que ce n’est pas tout ce que je sais de cet homme. L’homme que j’ai rencontré il y a plus de vingt ans est l’homme qui m’a éveillé à ma foi. Un homme pour qui aimer son prochain, prendre soin des malades et venir en aide aux miséreux est un devoir.

Voilà un homme qui a servi dans les Marines, qui a étudié et enseigné dans les meilleures universités et séminaires et qui pendant plus de trente ans a été à la tête d’une église, qui en se mettant au service de sa communauté accomplit l’œuvre de Dieu sur terre : loger les sans-abris, assister les nécessiteux, ouvrir des crèches, attribuer des bourses d’études, rendre visite aux prisonniers, réconforter les séropositifs et les malades atteints du sida.

Dans mon livre, Les Rêves de mon père, je décris mes premières impressions de l’église de la Trinity:

« L'assistance se mit à crier, à se lever, à taper des mains, et le vent puissant de son souffle emportait la voix du révérend jusqu'aux chevrons (...). Et dans ces simples notes — espoir ! — j’entendis autre chose. Au pied de cette croix, à l'intérieur des milliers d'églises réparties dans cette ville, je vis l'histoire de noirs ordinaires se fondre avec celles de David et Goliath, de Moïse et Pharaon, des chrétiens jetés dans la fosse aux lions, du champ d’os desséchés d’Ezékiel.

Ces histoires —de survie, de liberté, d’espoir— devenaient notre histoire, mon histoire ; le sang qui avait été versé était notre sang, les larmes étaient nos larmes. Cette église noire, en cette belle journée, était redevenue un navire qui transportait l’histoire d’un peuple jusqu'aux générations futures et jusque dans un monde plus grand.

Nos luttes et nos triomphes devenaient soudain uniques et universels, noirs et plus que noirs. En faisant la chronique de notre voyage, les histoires et les chants nous donnaient un moyen de revendiquer des souvenirs dont nous n'avions pas à avoir honte (…), des souvenirs que tout le monde pouvait étudier et chérir - et avec lesquels nous pouvions commencer à reconstruire. »

Telle a été ma première expérience à Trinity. Comme beaucoup d’églises majoritairement noires, Trinity est un microcosme de la communauté noire : on y voit le médecin et la mère assistée, l’étudiant modèle et le voyou repenti.

Comme toutes les autres églises noires, les services religieux de Trinity résonnent de rires tapageurs et de plaisanteries truculentes. Et ça danse, ça tape des mains, ça crie et ça hurle, ce qui peut paraître incongru à un nouveau venu

L'église contient toute la tendresse et la cruauté, l’intelligence l’extrême et l’ignorance crasse, les combats et les réussites, tout l'amour et, oui, l'amertume et les préjugés qui sont la somme de l’expérience noire en Amérique.

Et cela explique sans doute mes rapports avec le Rev. Wright. Si imparfait soit-il, je le considère comme un membre de ma famille. Il a raffermi ma foi, célébré mon mariage et baptisé mes enfants.

Jamais dans mes conversations avec lui ne l’ai-je entendu parler d’un groupe ethnique en termes péjoratifs, ou manquer de respect ou de courtoisie envers les blancs avec qui il a affaire. Il porte en lui les contradictions — le bon et le mauvais— de la communauté qu’il sert sans se ménager depuis tant d’années.

Je ne peux pas plus le renier que je ne peux renier la communauté noire, je ne peux pas plus le renier que je ne peux renier ma grand-mère blanche, une femme qui a fait tant de sacrifices pour moi, une femme qui m'aime plus que tout au monde, mais aussi une femme qui m’avouait sa peur des noirs qu’elle croisait dans la rue et que, plus d'une fois, j’ai entendu faire des remarques racistes qui m'ont répugné.

Ces personnes sont une partie de moi. Et elles font partie de l’Amérique, ce pays que j’aime.

D'aucuns verront ici une tentative de justifier ou d’excuser des propos tout à fait inexcusables. Je peux vous assurer qu’il n’en est rien. Je suppose qu’il serait plus prudent, politiquement, de continuer comme si de rien n'était, en espérant que toute l’affaire sera vite oubliée.

Nous pourrions faire peu de cas du Rev. Wright, et ne voir en lui qu’un excentrique ou un démagogue, tout comme certains l’ont fait dans le cas de Geraldine Ferraro, l’accusant, à la suite de ses récentes déclarations, de préjugé racial.

Mais je crois que ce pays, aujourd'hui, ne peut pas se permettre d'ignorer la problématique de race. Nous commettrions la même erreur que le Rev. Wright dans ses sermons offensants sur l'Amérique —en simplifiant, en recourant à des stéréotypes et en accentuant les côtés négatifs au point de déformer la réalité.

Le fait est que les propos qui ont été tenus et les problèmes qui ont été soulevés ces dernières semaines reflètent les aspects complexes du problème racial que n’avons jamais vraiment explorés — une partie de notre union qui nous reste encore à parfaire.

Et si nous abandonnons maintenant pour revenir tout simplement à nos positions respectives, nous n'arriverons jamais à nous unir pour surmonter ensemble les défis que sont l'assurance maladie, l'éducation ou la création d'emplois pour chaque Américain.

Pour comprendre cet état de choses, il faut se rappeler comment on en est arrivé là. Comme l’a écrit William Faulkner : « Le passé n’est pas mort et enterré. En fait il n’est même pas passé. » Nul besoin ici de réciter l’histoire des injustices raciales dans ce pays

Mais devons nous rappeler que si tant de disparités existent dans la communauté afro-américaine d’aujourd’hui, c’est qu’elles proviennent en droite ligne des inégalités transmises par la génération précédente qui a souffert de l'héritage brutal de l'esclavage et de Jim Crow.

La ségrégation à l’école a produit et produit encore des écoles inférieures. Cinquante ans après Brown vs. The Board of Education, rien n’a changé et la qualité inférieure de l’éducation que dispensent ces écoles aide à expliquer les écarts de réussite entre les étudiants blancs et noirs d’aujourd’hui.

La légalisation de la discrimination —des noirs qu’on empêchait, souvent par des méthodes violentes, d'accéder a la propriété, des crédits que l’on accordait pas aux entrepreneurs afro-américains, des propriétaires noirs qui n'avaient pas droit aux prêts du FHA [Ndt : Federal Housing Administration, l’administration fédérale en charge du logement], des noirs exclus des syndicats, des forces de police ou des casernes de pompiers, a fait que les familles noires n’ont jamais pu accumuler un capital conséquent à transmettre aux générations futures.

Cette histoire explique l’écart de fortune et de revenus entre noirs et blancs et la concentration des poches de pauvreté qui persistent dans tant de communautés urbaines et rurales d’aujourd’hui.

Le manque de débouchés parmi les noirs, la honte et la frustration de ne pouvoir subvenir aux besoins de sa famille ont contribué a la désintégration des familles noires —un problème que la politique d’aide sociale, pendant des années, a peut-être aggravée. Le manque de service publics de base dans un si grand nombre de quartiers noirs —des aires de jeux pour les enfants, des patrouilles de police, le ramassage régulier des ordures et l'application des codes d'urbanisme, tout cela a crée un cycle de violence, de gâchis et de négligences qui continue de nous hanter.

C'est la réalité dans laquelle le Rev. Wright et d’autres Afro-Américains de sa génération ont grandi. Ils sont devenus adultes à la fin des années 50 et au début des années 60, époque ou la ségrégation était encore en vigueur et les perspectives d'avenir systématiquement réduites.

Ce qui est extraordinaire, ce n’est pas de voir combien ont renoncé devant la discrimination, mais plutôt combien ont réussi à surmonter les obstacles et combien ont su ouvrir la voie à ceux qui, comme moi, allaient les suivre.

Mais pour tous ceux qui ont bataillé dur pour se tailler une part du Rêve Américain, il y en a beaucoup qui n'y sont pas arrivés – ceux qui ont été vaincus, d’une façon ou d’une autre, par la discrimination.

L’expérience de l'échec a été léguée aux générations futures : ces jeunes hommes et, de plus en plus, ces jeunes femmes que l'on voit aux coins des rues ou au fond des prisons, sans espoir ni perspective d'avenir. Même pour les noirs qui s'en sont sortis, les questions de race et de racisme continuent de définir fondamentalement leur vision du monde.

Pour les hommes et les femmes de la génération du Rev. Wright, la mémoire de l’humiliation de la précarité et de la peur n’a pas disparu, pas plus que la colère et l’amertume de ces années.

Cette colère ne s’exprime peut-être pas en public, devant des collègues blancs ou des amis blancs. Mais elle trouve une voix chez le coiffeur ou autour de la table familiale. Parfois cette colère est exploitée par les hommes politiques pour gagner des voix en jouant la carte raciale, ou pour compenser leur propre incompétence.

Et il lui arrive aussi de trouver une voix, le dimanche matin à l’église, du haut de la chaire ou sur les bancs des fidèles. Le fait que tant de gens soient surpris d’entendre cette colère dans certains sermons du Rev. Wright nous rappelle le vieux truisme, à savoir que c’est à l’office du dimanche matin que la ségrégation est la plus évidente.

Cette colère n’est pas toujours une arme efficace. En effet, bien trop souvent, elle nous détourne de nos vrais problèmes, elle nous empêche de confronter notre part de responsabilité dans notre condition, et elle empêche la communauté afro-américaine de nouer les alliances indispensables à un changement véritable.

Mais cette colère est réelle, et elle est puissante, et de souhaiter qu’elle disparaisse, de la condamner sans en comprendre les racines ne sert qu’à creuser le fossé d’incompréhension qui existe entre les deux races.

Et de fait, il existe une colère similaire dans certaines parties de la communauté blanche. La plupart des Américains de la classe ouvrière et de la classe moyenne blanche n'ont pas l’impression d’avoir été spécialement favorisés par leur appartenance raciale.

Leur expérience est l’expérience de l’immigrant —dans leur cas, ils n’ont hérité de personne, ils sont partis de rien. Ils ont travaillé dur toute leur vie, souvent pour voir leurs emplois délocalisés et leurs retraites partir en fumée.

Ils sont inquiets pour leur avenir, ils voient leurs rêves s’évanouir; à une époque de stagnation des salaires et de concurrence mondiale, les chances de s’en sortir deviennent comme un jeu de somme nulle où vos rêves se réalisent au dépens des miens.

Alors, quand on leur dit que leurs enfants sont affectés à une école à l’autre bout de la ville, quand on leur dit qu’un Afro-Américain qui décroche un bon job ou une place dans une bonne faculté est favorisé à cause d’une injustice qu’ils n’ont pas commise, quand on leur dit que leur peur de la délinquance dans les quartiers est une forme de préjugé, la rancœur s'accumule au fil du temps.

Comme la colère au sein de la communauté noire qui ne s’exprime pas en public, ces choses qui fâchent ne se disent pas non plus. Mais elles affectent le paysage politique depuis au moins une génération.

C’est la colère envers la politique d’assistance de l’Etat-Providence et la politique de discrimination positive qui ont donné naissance à la Coalition Reagan. Les hommes politiques ont systématiquement exploité la peur de l’insécurité à des fins électorales. Les présentateurs des talk-shows et les analystes conservateurs se sont bâti des carrières en débusquant des accusations de racisme bidon, tout en assimilant les débats légitimes sur les injustices et les inégalités raciales à du politiquement correct ou du racisme a rebours.

Tout comme la colère noire s’est souvent avérée contre-productive, la rancœur des blancs nous a aveuglés sur les véritables responsables de l’étranglement de la classe moyenne —une culture d’entreprise où les délits d'initiés, les pratiques comptables douteuses et la course aux gains rapides sont monnaie courante ; une capitale sous l'emprise des lobbies et des groupes de pression, une politique économique au service d'une minorité de privilégiés.

Et pourtant, souhaiter la disparition de cette rancœur des blancs, la qualifier d’inappropriée, voire de raciste, sans reconnaître qu’elle peut avoir des causes légitimes —voila aussi qui contribue à élargir la fracture raciale et faire en sorte que l’on n'arrive pas à se comprendre.

Voilà où nous en sommes actuellement : incapables depuis des années de nous extirper de l'impasse raciale. Contrairement aux dires de certains de mes critiques, blancs ou noirs, je n'ai jamais eu la naïveté de croire que nous pourrions régler nos différends raciaux en l'espace de quatre ans ou avec une seule candidature, qui plus est une candidature aussi imparfaite que la mienne.

Mais j’ai affirmé ma conviction profonde—une conviction ancrée dans ma foi en Dieu et ma foi dans le peuple américain—qu’en travaillant ensemble nous arriverons à panser nos vieilles blessures raciales et qu’en fait nous n’avons plus le choix si nous voulons continuer d’avancer dans la voie d’une union plus parfaite.

Pour la communauté afro-américaine, cela veut dire accepter le fardeau de notre passé sans en devenir les victimes, cela veut dire continuer d’exiger une vraie justice dans tous les aspects de la vie américaine. Mais cela veut aussi dire associer nos propres revendications –meilleure assurance maladie, meilleures écoles, meilleurs emplois—aux aspirations de tous les Américains, qu’il s’agisse de la blanche qui a du mal à briser le plafond de verre dans l’échelle hiérarchique, du blanc qui a été licencié ou de l'immigrant qui s’efforce de nourrir sa famille.

Cela veut dire aussi assumer pleinement nos responsabilités dans la vie — en exigeant davantage de nos pères, en passant plus de temps avec nos enfants, en leur faisant la lecture, en leur apprenant que même s'ils sont en butte aux difficultés et à la discrimination, ils ne doivent jamais succomber au désespoir et au cynisme : ils doivent toujours croire qu’ils peuvent être maîtres de leur destinée.

L’ironie, c’est que cette notion si fondamentalement américaine –et, oui, conservatrice—de l’effort personnel, on la retrouve souvent dans les sermons du Rev. Wright. Mais ce que mon ancien pasteur n’a pas compris, c’est qu’on ne peut pas chercher à s’aider soi-même sans aussi croire que la société peut changer.

L’erreur profonde du Rev. Wright n’est pas d’avoir parlé du racisme dans notre société. C’est d’en avoir parlé comme si rien n'avait changé, comme si nous n'avions pas accompli de progrès, comme si ce pays —un pays ou un noir peut être candidat au poste suprême et construire une coalition de blancs et de noirs, d'hispaniques et d'asiatiques, de riches et de pauvres, de jeunes et de vieux—était encore prisonnier de son passé tragique. Mais ce que nous savons – ce que nous avons vu—c’est que l’Amérique peut changer. C’est là le vrai génie de cette nation. Ce que nous avons déjà accompli nous donne de l’espoir —l’audace d’espérer —pour ce que nous pouvons et devons accomplir demain.

Pour ce qui est de la communauté blanche, la voie vers une union plus parfaite suppose de reconnaître que ce qui fait souffrir la communauté afro-américaine n’est pas le produit de l’imagination des noirs ; que l’héritage de la discrimination —et les épisodes actuels de discrimination, quoique moins manifestes que par le passé- sont bien réels et doivent être combattus.

Non seulement par les mots, mais par les actes —en investissant dans nos écoles et nos communautés ; en faisant respecter les droits civils et en garantissant une justice pénale plus équitable ; en donnant à cette génération les moyens de s'en sortir, ce qui faisait défaut aux générations précédentes.

Il faut que tous les Américains comprennent que vos rêves ne se réalisent pas forcément au détriment des miens ; qu'investir dans la santé, les programmes sociaux et l'éducation des enfants noirs, bruns et blancs contribuera à la prospérité de tous les Américains.

En fin de compte, ce que l’on attend de nous, ce n’est ni plus ni moins ce que toutes les grandes religions du monde exigent —que nous nous conduisions envers les autres comme nous aimerions qu’ils se conduisent envers nous. Soyons le gardien de notre frère, nous disent les Ecritures. Soyons le gardien de notre sœur. Trouvons ensemble cet enjeu commun qui nous soude les uns aux autres, et que notre politique reflète aussi l'esprit de ce projet.

Car nous avons un choix à faire dans ce pays. Nous pouvons accepter une politique qui engendre les divisions intercommunautaires, les conflits et le cynisme. Nous pouvons aborder le problème racial en voyeurs —comme pendant le procès d’O.J. Simpson —, sous un angle tragique – comme nous l’avons fait après Katrina – ou encore comme nourriture pour les journaux télévisés du soir. Nous pouvons exploiter la moindre bavure dans le camp d’Hillary comme preuve qu’elle joue la carte raciale, ou nous pouvons nous demander si les électeurs blancs voteront en masse pour John McCain en novembre, quel que soit son programme politique.

Oui, nous pouvons faire cela.

Mais dans ce cas, je vous garantis qu’aux prochaines élections nous trouverons un autre sujet de distraction. Et puis un autre. Et puis encore un autre. Et rien ne changera.

C’est une possibilité. Ou bien, maintenant, dans cette campagne, nous pouvons dire ensemble : « Cette fois, non ». Cette fois nous voulons parler des écoles délabrées qui dérobent leur avenir à nos enfants, les enfants noirs, les enfants blancs, les enfants asiatiques, les enfants hispaniques et les enfants amérindiens.

Cette fois nous ne voulons plus du cynisme qui nous répète que ces gosses sont incapables d'apprendre, que ces gosses qui nous ne ressemblent pas sont les problèmes de quelqu'un d'autre. Les enfants de l’Amérique ne sont pas ces gosses-là, mais ces gosses-là sont pourtant bien nos enfants, et nous ne tolérerons pas qu’ils soient laissés pour compte dans la société du vingt-et-unième siècle. Pas cette fois.

Cette fois nous voulons parler des files d’attente aux urgences peuplées de blancs, de noirs et d’hispaniques qui n’ont pas d’assurance santé, qui ne peuvent seuls s’attaquer aux groupes de pression mais qui pourront le faire si nous nous y mettons tous.

Cette fois nous voulons parler des usines qui ont fermé leurs portes et qui ont longtemps fait vivre honnêtement des hommes et des femmes de toute race, nous voulons parler de ces maisons qui sont maintenant à vendre et qui autrefois étaient les foyers d'Américains de toute religion, de toute région et de toute profession.

Cette fois nous voulons parler du fait que le vrai problème n’est pas que quelqu’un qui ne vous ressemble pas puisse vous prendre votre boulot, c’est que l’entreprise pour laquelle vous travaillez va délocaliser dans le seul but de faire du profit.

Cette fois, nous voulons parler des hommes et des femmes de toute couleur et de toute croyance qui servent ensemble, qui combattent ensemble et qui versent ensemble leur sang sous le même fier drapeau. Nous voulons parler du moyen de les ramener à la maison, venant d’une guerre qui n’aurait jamais dû être autorisée et qui n’aurait jamais dû avoir lieu, et nous voulons parler de la façon de montrer notre patriotisme en prenant soin d’eux et de leurs familles et en leur versant les allocations auxquelles ils ont droit.

Je ne me présenterais pas à l’élection présidentielle si je ne croyais pas du fond du cœur que c'est ce que veut l'immense majorité des Américains pour ce pays. Cette union ne sera peut-être jamais parfaite mais, génération après génération, elle a montré qu’elle pouvait se parfaire.

Et aujourd'hui, chaque fois que je me sens sceptique ou cynique quant à cette possibilité, ce qui me redonne le plus d’espoir est la génération à venir —ces jeunes dont les attitudes, les croyances et le sincère désir de changement sont déjà, dans cette élection, rentrés dans l’Histoire.

Il y a une histoire que j’aimerais partager avec vous aujourd’hui, une histoire que j’ai eu l’honneur de raconter lors de la commémoration de la naissance de Martin Luther King, dans sa paroisse, Ebenezer Baptist, à Atlanta.

Il y a une jeune blanche de 23 ans, du nom d’Ashley Baia, qui travaillait pour notre campagne à Florence, en Caroline du Sud. Depuis le début, elle a été chargée de mobiliser une communauté à majorité afro-américaine. Et un jour elle s’est trouvée à une table ronde où chacun, tour à tour, racontait son histoire et disait pourquoi il était là.

Et Ashley a dit que quand elle avait 9 ans sa maman a eu un cancer, et parce qu’elle avait manqué plusieurs jours de travail elle a été licenciée et a perdu son assurance maladie. Elle a dû se mettre en faillite personnelle et c’est là qu’Ashley s’est décidée à faire quelque chose pour aider sa maman.

Elle savait que ce qui coûtait le plus cher c’était d’acheter à manger, et donc Ashley a convaincu sa mère ce qu’elle aimait par-dessus tout, c’était des sandwichs moutarde-cornichons. Parce que c'était ce qu’il y avait de moins cher.

C'est ce qu’elle a mangé pendant un an, jusqu'à ce que sa maman aille mieux. Et elle a dit à tout le monde, à la table ronde, qu’elle s’était engagée dans la campagne pour aider les milliers d’autres enfants du pays qui eux aussi veulent et doivent aider leurs parents.

Ashley aurait pu agir différemment. Quelqu’un lui a peut être dit a un moment donné que la cause des ennuis de sa mère c’était soit les noirs qui, trop paresseux pour travailler, vivaient des allocations sociales, soit les hispaniques qui entraient clandestinement dans le pays. Mais ce n’est pas ce qu’elle a fait. Elle a cherché des alliés avec qui combattre l’injustice.

Bref, Ashley termine son histoire et demande a chacun pourquoi il s'est engagé dans la campagne. Ils ont tous des histoires et des raisons différentes. Il y en a beaucoup qui soulèvent un problème précis. Et pour finir, c’est le tour de ce vieillard noir qui n’a encore rien dit.

Et Ashley lui demande pourquoi il est là. Il ne soulève aucun point en particulier. Il ne parle ni de l’assurance maladie ni de l’économie. Il ne parle ni d’éducation ni de guerre. Il ne dit pas qu’il est venu à cause de Barack Obama. Il dit simplement : « Je suis ici à cause d’Ashley. »

« Je suis ici à cause d’Ashley ». A lui seul, ce déclic entre la jeune fille blanche et le vieillard noir ne suffit pas. Il ne suffit pas pour donner une assurance santé aux malades, du travail à ceux qui n’en n’ont pas et une éducation à nos enfants.

Mais c’est par là que nous démarrons. Par là que notre union se renforce. Et comme tant de générations l’ont compris tout au long des deux cent vingt et une années écoulées depuis que des patriotes ont signé ce document a Philadelphie, c’est par là que commence le travail de perfection. »

Traduction de Didier Rousseau et de Françoise Simon
Ammon & Rousseau Translations, New York

http://philippe-boulet-gercourt.blogs.nouvelobs.com/archive/2008/03/20/l-integrale-du-discours-d-obama-en-francais.html

20.03.2008

05.06.2008

Vivre encore un peu...

Il dort quelque part dans un sac qu’il roule au petit matin et dépose en cache avec précaution.

Un robinet fait l’affaire – il connaît les bons coins – pour rafraîchir les parties visibles de sa personne.

Il est encore un peu une personne puisqu’il travaille… parfois… quand il y a de l’emploi…

Un coup de peigne, objet souvenir du temps où il était entier. Un peu d’eau sur le visage et les mains.

Il est assez fripé et il pue aussi… mais est-ce une raison suffisante pour éviter de se montrer ?

La dignité… quand on a faim… et qu’on aimerait vivre encore un peu…

C’est une chance inouïe ces quelques heures qu’on veut bien lui accorder.

Il est l’espace d’un temps, dos pour porter, bras musclés et mains fortes. Fragments de soi-même appréciés un court moment… parfois… de temps en temps…pour déménager les objets lourds de ceux qui les possèdent.

Aujourd’hui il a de la chance : c’est soixante huit euros net en poche qu’il va pouvoir tâter ; ça console un peu de l’odeur tenace et de la dignité qui fout le camp.

La dignité… quand on a faim… et qu’on aimerait vivre encore un peu…

29.04.2008

Elizabeth Harriet Beecher Stowe auteur de « La Case de l’Oncle Tom »

née à Litchfield (Connecticut) le 14 juin 1811 et morte à Hartford (Connecticut) le 1er juillet 1896

est une femme de lettres américaine.

Issue d'un milieu puritain, elle reçut de son père, le pasteur protestant Lyman Beecher, une éducation stricte et rigoureuse. elle épousa le révérend Calvin Ellis Stowe, écrivain religieux, alors professeur de littérature biblique à Cincinnati, avec qui elle partagea un engagement contre l'esclavagisme.

Leurs opinions abolitionnistes ouvertement déclarées firent qu'ils durent quitter la ville de Cincinnati pour se réfugier dans le Maine.

Le passage du "Fugitive Slave Act" en 1850, désespéra profondément Harriet et fut pour elle un facteur d'inspiration pour écrire "Uncle Tom's Cabin". Cette loi fédérale obligeait les citoyens à dénoncer et à poursuivre les esclaves fugitifs.

Son livre, qui connut un succès prodigieux dès sa parution, permit une plus grande diffusion des thèses abolitionnistes et porta ainsi, un coup terrible à la cause de l'esclavage (1852).


Harriet se servit de sa propre expérience de mère, lorsqu'elle perdit son enfant de 18 mois de choléra. En se souvenant de la mort de son fils Charley, elle savait ce qu'il y avait de terrible pour une mère de perdre son fils et pour une esclave que son fils soit vendu.

En 1853, alors que l'on met en doute la vraisemblance de certaines scènes de son roman, elle donne A KEY TO UNCLE TOM'S CABIN, une série de documents sur l'esclavage qui justifie son discours.

Elle recommande vivement aux femmes des Etats-Unis, à travers les colonnes d'un journal de New York, "The Independent" d'utiliser leur influence contre l'esclavage, en obtenant des signatures sur des pétitions, en diffusant l'information, et en invitant des groupes à parler sur le sujet.

Article de George Sand – extrait :
« Je ne sais pas si elle a du talent comme on l'entend dans le monde lettré, mais elle a du génie comme l'humanité sent le besoin d'en avoir: elle a le génie du bien. Ce n'est peut-être pas un homme de lettres ; mais savez-vous ce que c'est? C'est une sainte: pas davantage.
Oui, une sainte! Trois fois sainte est l'âme qui aime, bénit et console ainsi les martyrs! Pur, pénétrant et profond est l'esprit qui sonde ainsi les replis de l'être humain! Grand, généreux et vaste est le cœur qui embrasse de sa pitié, de son amour, de son respect tout une race couchée dans le sang et la fange, sous le fouet des bourreaux, sous la malédiction des impies.
Il faut bien qu'il en soit ainsi; il faut bien que nous valions mieux que nous ne le savons nous-même; il faut bien que, malgré nous, nous sentions que le génie c'est le cœur, que la puissance c'est la foi, que le talent c'est la sincérité, et que, finalement, le succès c'est la sympathie, puisque ce livre-là nous bouleverse, nous serre la gorge, nous navre l'esprit et nous laisse un étrange sentiment de tendresse et d'admiration pour la figure d'un pauvre nègre lacéré de coups, étendu dans la poussière, et râlant sous un hangar son dernier souffle exhalé vers Dieu.
En fait d'art, d'ailleurs, il n'y a qu'une règle, qu'une loi, montrer et émouvoir. »
Source http://www.medarus.org/

Citation : « Les larmes les plus amères que l'on verse sur les tombes viennent des mots que l'on n'a pas dits, des choses que l'on n'a pas faites ! »

20.04.2008

" Il faut se hisser pour voir "

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Adieu Madame

Ce qui rend exceptionnel le personnage de Germaine Tillion est la manière dont elle a su réunir action et travail de connaissance. Ethnologue dans le Sud algérien dans les années trente, elle cherche à comprendre mais aussi à aider ceux qui l'entourent. Rentrée en France au moment de la débâcle, elle s'engage dans la résistance ; s'ensuivent arrestation, prison, camp de concentration où elle cherchera encore à s'informer et à soulager la détresse de ses camarades. Au retour des camps, elle devient historienne de la déportation et de la résistance. En 1954 éclate la guerre d'Algérie : elle luttera contre la misère et le terrorisme, la torture et les exécutions. Plus tard elle étudiera l'asservissement des femmes... Traversant les heures les plus sombres du siècle, elle n'aura jamais perdu la compassion pour ses semblables, ni son sourire malicieux.
http://www.germaine-tillion.org/

cette vision ethnologique si personnelle, « de la plus équitable douceur, la mesure et la raison », comme l’écrit Jean Lacouture, montre qu’aujourd’hui encore d’autres combats restent à mener : les sans-papiers, les minorités ethniques, l’esclavage moderne, etc. Pour le troisième millénaire, il faut « inventer autre chose ».
http://www.monde-diplomatique.fr/2001/01/RIPOLL/14673

19.04.2008

"La négraille aux senteurs d'oignons frits"

J'aime cette façon d'aimer !
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Prophétie


où l'aventure garde les yeux clairs
là où les femmes rayonnent de langage
là où la mort est belle dans la main comme un oiseau
saison de lait
là où le souterrain cueille de sa propre génuflexion un luxe
de prunelles plus violent que des chenilles
là où la merveille agile fait flèche et feu de tout bois


là où la nuit vigoureuse saigne une vitesse de purs végétaux



là où les abeilles des étoiles piquent le ciel d'une ruche
plus ardente que la nuit
là où le bruit de mes talons remplit l'espace et lève
à rebours la face du temps
là où l'arc-en-ciel de ma parole est chargé d'unir demain
à l'espoir et l'infant à la reine,


d'avoir injurié mes maîtres mordu les soldats du sultan
d'avoir gémi dans le désert
d'avoir crié vers mes gardiens
d'avoir supplié les chacals et les hyènes pasteurs de caravanes


je regarde
la fumée se précipite en cheval sauvage sur le devant
de la scène ourle un instant la lave
de sa fragile queue de paon puis se déchirant
la chemise s'ouvre d'un coup la poitrine et
je la regarde en îles britanniques en îlots
en rochers déchiquetés se fondre
peu à peu dans la mer lucide de l'air
où baignent prophétiques
ma gueule
ma révolte
mon nom.


Aimé Césaire

06.03.2008

Tout est langage......

Le besoin est répétitif, le désir est toujours du nouveau, et c'est pour cela que, dans l'éducation, nous devons veiller à ne pas satisfaire tous les désirs, ni même le maximum des désirs. Mais toujours en paroles justifier le sujet de dire ces désirs et ne pas l'en dissuader ni critiquer.

Les besoins, oui, les désirs, les parler beaucoup.

C'est par la parole, la représentation, dessin, mime, modelage, c'est ça qui fait la culture, la littérature, la sculpture, la musique, la peinture, le dessin, la danse, tout cela, c'est la représentation de désirs, mais c'est le non vécu dans le corps à corps avec l'autre.

C'est la représentation pour communiquer avec un autre ses désirs, et c'est là où l'éducation doit tout le temps veiller à soutenir le désir vers du nouveau toujours, et au contraire ne pas satisfaire les désirs qui, aussitôt satisfaits, rentrent parmi les besoins qu'il va falloir répéter ; avoir une sensation plus forte puisque le besoin, c'est une habitude, et l'habitude, ça n'intéresse pas. Ce qui est une habitude, c'est du mortifère.

Françoise DOLTO - Tout est langage

(1908-1988), née Françoise Marette, est la quatrième enfant d'une famille bourgeoise qui en comptait sept (deux filles, cinq garçons). Très tôt, elle détecte dans cette petite société les malentendus, contresens et non-dits qui existent entre les humains et particulièrement entre les adultes et les enfants. Pour y faire face, elle développe déjà des dons d'observation que l'on retrouvera plus tard dans sa pratique de clinicienne. Dès l’âge de huit ans, il lui paraît nécessaire de créer un pont de communication entre ces deux mondes, ce qu'elle exprime en disant qu'elle veut être "médecin d'éducation".

Françoise n’a pas 12 ans quand sa sœur aînée, Jacqueline, meurt d'un cancer. Le deuil de cette jeune fille, qui était la préférée de leur mère, marque un tournant dramatique dans l’histoire de toute la famille ; et spécialement pour la jeune Françoise à qui l’on fait savoir que, si on avait pu choisir, c'est elle qui serait morte. Françoise est également jugée en partie responsable de n'avoir pas assez prié pour que sa sœur soit sauvée. Cette épreuve est l'occasion d'une maturation qui nourrira plus tard son désir de devenir psychanalyste.

03.03.2008

Fuir ou mourir

Harriet Tubman naît esclave en 1821 à Araminta Ross, une ville de l’état du Maryland aux Etats-Unis.

Elle est une figure légendaire. Esclave en fuite, elle devient, au péril de sa vie, militante pour l’Abolition et arrache des centaines de femmes et d’hommes à l’enfer des plantations du Sud des Etats-Unis.

Mise à prix : 40 000 dollars .

Ses expéditions audacieuses à travers le pays lui permettent de libérer plus de 300 esclaves, hommes, femmes et enfants sans que personne ne soit jamais repris.

Il lui est même arrivé de braquer son fusil sur un homme noir qui ne voulait plus avancer, épuisé par la fatigue et tétanisé par la peur. Elle lui proposa alors la liberté ou la mort, lui expliquant que sa capture risquait de faire tomber tout le convoi. L’homme reprit aussitôt la route de la liberté.

Profil d’une femme qui frôla mille fois la mort plutôt que de voir un seul Noir asservi.

Harriet n’en peut plus. Elle sait qu’à 30 ans, continuer de subir les coups, les brimades et l’absence de liberté la mèneront inéluctablement à la mort. Une nuit, après de longues heures de travail, elle s’enfuit, seule. Aucun de ses compagnons d’infortune n’ose la suivre. Le risque est trop grand et le châtiment trop lourd.
En cas de capture, c’est la pendaison à un arbre ou le lynchage à mort. Si le maître ne veut pas perdre son esclave mais le punir à titre d’exemple, il lui inflige des coups de fouets ou lui sectionne des tendons.

Fuir ou mourir

Sur son chemin, elle bénéficie d' une aide précieuse. C’est un homme noir, membre de l’Underground Railroad (le chemin de fer souterrain), le réseau de lutte contre l’esclavage qui aide les Noirs à fuir les plantations et à reconstruire une vie libre dans les Etats du Nord. Dans ce « chemin de fer souterrain », les fugitifs sont des « passagers » tandis que les haltes sont les « stations » où se cachent les esclaves.

Fuir ou mourir

L’Underground Railroad apprend aux femmes et aux hommes noirs à s’infiltrer sur les terres des esclavagistes, à prendre contact avec les esclaves qui ne veulent plus subir l’oppression et à les aider à fuir la plantation. Les passeurs se relaient ainsi sur le chemin qui mène des familles entières vers les Etats où les Noirs sont considérés comme « libres

L’ensemble du réseau de L’Underground Railroad, depuis sa création en 1780 jusqu’à l’Abolition, aura libéré plus de 30 000 esclaves.


Grâce au travail de l’Underground Railroad, les évasions se multiplient à travers tous les Etats du Sud. Les planteurs constatent que ceux qu’ils considèrent comme leur marchandise fuient la servitude. Pour mettre un terme à la perte de cette main d’œuvre, le lobby des propriétaires terriens fait voter une loi au Congrès fédéral en 1850 : le Fugitive Slaves Act.

En 1863, en pleine guerre, le président des Etats-Unis, Abraham Lincoln, déclare l’abolition de l’esclavage

Dans cette nouvelle guerre, Harriet s’engage aussi.

En Caroline du Sud, elle travaille dans l’armée de l’Union en tant que cuisinière et infirmière. Les généraux connaissent sa réputation et lui proposent vite d’effectuer des opérations en tant qu’éclaireuse pour les troupes. Elle accepte puis engage des soldats anciens esclaves qui connaissent bien le Sud. Avec eux, elle est chargée d’infiltrer le territoire ennemi et de revenir avec des renseignements sur leurs positions.

Au cours d’une bataille à Combahee River, en Caroline du Sud, son équipe forme les soldats de l’Union à éviter les mines enterrées aux abords des rivières. Harriet organise même des raids pour libérer des plantations et aider les esclaves à s’enfuir. L’histoire veut qu’elle soit ainsi la première femme américaine, noire qui plus est, à avoir mené une attaque militaire. Ses succès lui valent le surnom de « Générale Tubman ». La légende est en marche

A la fin de la guerre, en 1865, Harriet Tubman se retire dans une petite ville de l’Etat de New-York avec Nelson Davis, son nouveau mari. Elle consacre son temps à l’instruction des enfants Noirs et à aider des personnes ayant des difficultés sociales.

Les années passent et, avec le soutien de ses proches, elle fait construire, en 1908, une maison pour accueillir les pauvres et les personnes âgées. Elle travaillera pour eux sans relâche jusqu’à sa mort en 1913. Elle sera enterrée avec les honneurs militaires au cimetière de Fort Hill.

« À l’exception de John Brown...Je ne connais personne qui ait volontairement bravé autant de périls et de tribulations pour libérer notre peuple enchaîné. » — Frederick Douglass

25.01.2008

Fin d’accession au trône de France pour les femmes

Ou : Origine d'une considération particulière en France pour les femmes ?
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1314 – Philippe IV Le Bel, roi de France a trois fils, (Louis X Le Hutin, Philippe Le Long et Charles IV Le Bel).

Mariés tous les trois à de ravissantes princesses. Elles sont belles, élégantes et ont les coquetteries que toute l’aisance de leur milieu peut permettre, s’habillant de robes qui s’ouvrent jusqu’aux hanches (hé oui !) sans que le roi Philippe IV Le Bel leur interdise rien des plaisirs dont elles font grand profit.
Lors d’une fête donnée en l’honneur du roi d’Angleterre et de sa femme Isabelle (fille de Philippe IV), celle-ci s’offusque de la conduite adultère des princesses.

Et le scandale éclate.

Les beaux chevaliers, qui honoraient les princesses, sont arrêtés, torturés et exécutés.

Marguerite et Blanche avouent leur infidélité et sont emprisonnées (Marguerite meurt en 1315, sans doute étranglée, Blanche accepte l’annulation de son mariage et entre au couvent).

Marguerite a une fille, Jeanne, dont Louis X Le Hutin n’est pas sûr d’être le père.

Le trône sera refusé à Jeanne tandis que Philippe V, frère de Louis X, va lui succéder.

A la mort de Philippe V, qui a quatre filles, le trône revient à son frère Charles IV, bien que les lois de l’époque n’empêchent pas les femmes de diriger un duché ou un comté. Et pour interdire aux femmes de monter sur le trône de France, on va réutiliser la vieille loi salique qui datait de Clovis et qui était tombée dans l’oubli.

A la suite de quoi, les successeurs au trône, Philippe comte de Valois, fils d'un frère cadet de Philippe IV le Bel et donc cousin germain du défunt Charles IV ; et Édouard III, roi d'Angleterre, fils d'Isabelle, petit-fils de Philippe IV le Bel et donc neveu du défunt Charles IV, vont s’opposer en revendiquant la succession.

C'est Philippe de Valois qui fut choisi comme roi par une assemblée des barons (les principaux seigneurs du royaume de France). Il monte sur le trône sous le nom de Philippe VI. Deux raisons principales expliquent ce choix des barons :

Édouard III revendique le trône par l'intermédiaire de sa mère. S'il avait été proclamé roi de France, une kyrielle de revendications de la part d'autres fils issus de filles royales auraient pu ressurgir… Cette raison n'a peut-être pas été la principale en 1328, mais elle a été régulièrement mise en avant par la suite. Ainsi, dans les années 1360, Charles II de Navarre, fils de Jeanne (la fille de Louis X), à qui Philippe VI avait rendu la Navarre, est soutenu par l'opinion publique et espère monter sur le trône ;

• la véritable raison du choix des barons, est que la monarchie française est une monarchie nationale… Or Édouard III est déjà roi d'Angleterre, ce qui pousse les barons à rejeter sa candidature. Édouard III se résigne alors et reconnaît Philippe VI comme roi de France : il lui prête même un hommage lige au roi de France en 1331, au titre de duc de Guyenne. Il revient cependant sur son acceptation en 1337 après que Philippe lui a repris Bordeaux et la Guyenne, provoquant la guerre de Cent Ans.